S’informer, croiser les sources et écouter des professionnels aux avis parfois dissidents, c’est comme ça qu’on avance vraiment dans une maladie aussi mal comprise que l’eczéma : c’est le genre d’interviews que j’aurais aimé découvrir il y a 15 ans. Le Professeur Philippe Humbert, dermatologue, défend une vision bien précise de l’eczéma, de l’axe intestin-peau aux parasites intestinaux, avec la conviction que ses causes se trouvent presque toujours du côté de l’alimentation et des allergies (liens des vidéos citées à retrouver en fin d’article). Une précision avant de commencer : ce n’est pas un consensus médical général, mais le regard d’un praticien parmi d’autres, à confronter à l’avis de ton propre médecin.
L’essentiel à retenir des propos du Professeur Humbert
- Le Pr Humbert distingue l’eczéma de contact (nickel, produits professionnels) de l’eczéma atopique, aux causes plus larges.
- Chez le nourrisson, il pointe le lait comme piste fréquente, mais toute décision alimentaire revient au pédiatre.
- Chez l’adulte, il défend une origine alimentaire quasi systématique et critique la cortisone donnée sans recherche de cause, une position qu’il porte lui-même et qui ne fait pas consensus.
- La piste des parasites intestinaux et de la vermifugation reste la plus débattue de son discours.
- Boucher un seul « trou » alimentaire ne suffit généralement pas, d’où l’intérêt de tenir un carnet de suivi dans la durée.
- Les allergènes volatils (poils, plumes) complètent sa liste de déclencheurs possibles.
Qui est le Professeur Philippe Humbert ?
Le Professeur Philippe Humbert est un dermatologue français, professeur d’université dès 1993 et ancien chef du service de dermatologie du CHU de Besançon jusqu’en 2015. Spécialisé également en médecine interne et en allergologie, il est l’auteur de plus de 350 publications scientifiques et reconnu pour ses travaux sur la biologie cutanée.
Il défend une vision de l’eczéma atopique comme une maladie « de l’intérieur » qui s’exprime sur la peau, en mettant en avant le rôle de l’axe intestin-peau, du microbiote, et de facteurs plus débattus comme certains parasites ou intolérances alimentaires. Tu peux retrouver l’ensemble de son parcours sur son site officiel (lien en fin d’article).
Que révèle-t-il sur l’axe intestin-peau et le microbiote ?
Pour le Pr Humbert, c’est la piste la plus solide scientifiquement de son discours : un dialogue permanent entre le microbiote intestinal, la perméabilité de la paroi intestinale et l’état de la peau, qu’il détaille dans ce podcast consacré au lien intestin-peau :
Le rôle du gluten moderne et des protéines du lait de vache
Il explique que lorsque la paroi intestinale devient trop perméable, certaines particules alimentaires mal digérées passent là où elles ne devraient pas, ce qui entretient une inflammation de fond capable de s’exprimer jusque sur la peau. Deux aliments reviennent souvent dans son discours comme facteurs qui fragilisent cette paroi : le gluten des blés modernes, plus transformés et plus concentrés en gluten que les variétés anciennes, et les protéines du lait de vache, qu’il distingue clairement du simple lactose.
Des cas cliniques après éviction temporaire
Il rapporte avoir suivi en consultation des cas d’eczéma résistant à tous les traitements classiques, qui se sont nettement améliorés après une éviction temporaire de ces aliments, maintenue entre 6 et 12 mois selon les patients. Ce sont des observations cliniques qu’il partage à partir de sa propre pratique, pas les résultats d’une étude randomisée à grande échelle : elles restent intéressantes à connaître, sans valoir preuve scientifique définitive à elles seules. L’alimentation peut être à l’origine de l’eczéma comme il a pu le constater.
Eczéma de contact : le nickel et le travail sont-ils vraiment en cause ?
Oui, selon le Pr Humbert, une bonne partie de ce qu’on range trop vite sous l’étiquette « eczéma » est en réalité un eczéma de contact, déclenché par un allergène précis et identifiable, à ne pas confondre avec l’eczéma atopique dont les causes sont plus diffuses.
L’allergie au nickel : nombril, oreilles, bijoux
Il cite l’allergie au nickel comme l’exemple le plus fréquent, avec deux zones du corps qui la trahissent souvent : une plaque rouge autour du nombril, provoquée par le bouton métallique d’un jean, et une rougeur derrière les oreilles ou au lobe, liée à des bijoux qui contiennent du nickel.
L’eczéma professionnel : coiffeuses et gale du ciment
Il insiste aussi sur l’eczéma professionnel, très fréquent chez les coiffeuses au contact répété de produits capillaires, et chez les maçons, où l’allergène du ciment est si puissant qu’il provoque un eczéma crouteux parfois confondu avec de la gale, alors qu’il n’en est rien. Pour lui, le rôle du médecin est justement de ne pas s’arrêter à la peau : regarder les habitudes, le métier, les bijoux, les vêtements portés au quotidien fait partie intégrante du diagnostic, sous peine de passer à côté d’un élément déclencheur évident.
Chez le nourrisson, l’eczéma cache-t-il une intolérance au lait ?
Selon le Professeur Philippe Humbert, oui : l’eczéma du nourrisson serait très souvent associé à une intolérance ou une allergie au lait, avec des symptômes digestifs qui accompagnent les plaques sur la peau, comme des régurgitations, des coliques, de la diarrhée ou au contraire de la constipation. Il évoque aussi, toujours selon son observation clinique, un risque accru que l’enfant développe ensuite une intolérance au gluten et de l’asthme, une idée qui rejoint la notion plus large de « marche atopique » parfois décrite en médecine, sans pour autant qu’elle soit systématique chez chaque enfant.
Il évoque des ajustements alimentaires possibles, aussi bien du côté de la maman qui allaite que du côté du lait infantile donné au biberon. Je le redis clairement ici, parce que c’est un sujet à très haut enjeu : toute décision concernant l’alimentation d’un nourrisson relève exclusivement du pédiatre, jamais d’une décision prise seule à la lecture d’un article de blog, aussi bien intentionné soit-il.
Chez l’adulte, pourquoi le Professeur Humbert critique-t-il le recours systématique à la cortisone ?
Le Pr Humbert affirme que l’eczéma atopique de l’adulte est, selon lui, presque toujours d’origine allergénique ou alimentaire, et il se dit dépité de voir des médecins et dermatologues prescrire de la cortisone ou des dermocorticoïdes sans chercher la cause en amont. C’est une position forte, qui ne fait pas consensus dans l’ensemble de la communauté médicale : je te la présente telle qu’il l’exprime, sans la reprendre à mon compte.
Sa critique de la cortisone donnée sans recherche de cause
Il va jusqu’à affirmer que des publications scientifiques évoquant la piste alimentaire chez l’adulte auraient été refusées par certaines revues, une déclaration qu’il porte lui-même et que je ne peux ni vérifier ni valider de mon côté.
Le test des IgG et la suppression du lait et du gluten
Dans sa pratique, il recherche des anticorps réactifs à certains aliments par prise de sang, un type de test qui reste débattu dans la communauté médicale : plusieurs sociétés d’allergologie considèrent que les IgG alimentaires ne constituent pas un marqueur fiable d’intolérance. Il préconise ensuite la suppression des allergènes les plus courants, lait et gluten en tête, une démarche qui, comme tout changement alimentaire important, gagne à être encadrée par un professionnel de santé plutôt qu’entreprise seule et sans suivi.

Les parasites intestinaux peuvent-ils vraiment favoriser l’eczéma ?

C’est la piste la plus inattendue de son discours, et clairement la plus fragile scientifiquement : selon le Professeur Philippe Humbert, certains végétaux porteraient des résidus, larves ou œufs qui se fixeraient sur la paroi intestinale, s’y développeraient et finiraient par coloniser l’intestin, entretenant au passage une réaction inflammatoire qui s’exprimerait jusque sur la peau.
Sa suggestion : se vermifuger à l’âge adulte, une pratique qu’il présente comme plus courante autrefois. Je précise ici, et ce n’est pas une nuance de style : une vermifugation reste la prise d’un traitement, pas un geste anodin à décider seul. Le Pr Humbert développe cette hypothèse dans cette vidéo, ci-dessous, consacrée aux parasites, à considérer comme sa position personnelle et à aborder, si le sujet t’intéresse, avec ton médecin avant toute démarche.
Pourquoi ne suffit-il pas de supprimer un seul aliment selon le docteur ?
Parce qu’on peut être allergique ou intolérant à plusieurs aliments à la fois, prévient le Pr Humbert, et que boucher un seul trou en laissant les autres ouverts ne résout rien. Il prend l’image de plusieurs trous à combler, lait, gluten, pomme de terre par exemple, et insiste sur le fait qu’il faut tenir la démarche dans la durée pour voir un vrai résultat, ce qui rejoint l’intérêt du carnet de suivi alimentaire dont je parle souvent ici, avec une annotation à noter après chaque repas [lien interne à insérer : article sur le carnet de suivi alimentaire].
J‘ai testé moi-même deux régimes très stricts, le GAPS et le cétogène, chacun pendant trois mois, la durée du coaching proposé à chaque fois. Une fois le coaching terminé, impossible de garder cette hygiène alimentaire ultra stricte sur la durée : avec un mari et des enfants qui ont leurs propres envies à table, la charge mentale des menus est devenue trop lourde à porter seule. Pourtant, sur la première semaine déjà, ma peau me brûlait moins. La deuxième semaine, moins de démangeaisons. Au bout d’un mois, une peau nettement plus apaisée. J’ai aussi fait tester mes IgG sur 250 aliments après une prise de sang, une analyse non remboursée. La vermifugation, en revanche, je viens tout juste de la découvrir en préparant cet article. Ce que je retiens de mon propre parcours, c’est que le plus dur n’est jamais de commencer un régime, c’est de tenir dans la durée. C’est exactement pour ça que mon programme Eczéma Nouveau Départ propose des alternatives concrètes et des recettes simples, pas juste une liste d’aliments à supprimer.
Les allergènes volatils jouent-ils aussi un rôle ?
Oui, le Pr Humbert les mentionne comme une piste supplémentaire à ne pas négliger, notamment les poils d’animaux et les oreillers en plume, qu’il ajoute à sa liste des déclencheurs possibles au même titre que l’alimentation ou le contact cutané. Ce sont des facteurs plus faciles à tester chez soi, en observant simplement si une amélioration se dessine après avoir changé la literie ou limité le contact avec un animal, sans qu’un avis médical soit nécessaire pour ce type d’ajustement du quotidien.
Ces positions sont celles d’un praticien parmi d’autres, à confronter à l’avis de ton propre médecin avant toute décision. Si ces pistes te parlent, elles seront justement au cœur de ce qu’on va continuer à explorer ensemble dans les prochains articles : abonne-toi à la newsletter pour ne rien manquer.
Sources citées
- Podcast Symp, axe intestin-peau avec le Pr Humbert
- Vidéo YouTube, le Pr Humbert sur les parasites intestinaux
- Vidéo YouTube, le Pr Humbert sur l’eczéma de contact et les allergènes alimentaires
- Site officiel du Pr Philippe Humbert

