Se reconstruire après une période difficile : 8 regards d’experts

bol fissuré recollé avec 2 silhouettes d'homme et femme qui le regardent et qui évoquent la reconstruction en cas de période difficile comme la vie avec l'eczéma

Sommaire

Bienvenue à toi qui découvres le blog pour la première fois ! Si toi aussi les démangeaisons t’empêchent de dormir,  commence ▶️ par télécharger mon guide gratuit ⚡: 12 gestes concrets que j’ai testés moi-même pendant mes crises, sans cortisone, et un journal de 7 jours à remplir pour identifier ce qui déclenche vraiment les tiennes.

Se reconstruire après une période difficile ne veut pas dire redevenir la personne d’avant. C’est retrouver des repères, écouter ton corps et te redonner le choix, pas à pas. Huit experts partagent ici leur regard, et je le relie à la vie avec l’eczéma au quotidien puisque ce blog est dédié à la vie avec la dermatite atopique, cette maladie chronique inflammatoire, avec laquelle je vis depuis plus de 15 ans.

 

Parce que l’eczéma atopique, aussi appelé dermatite atopique, est une maladie chronique inflammatoire. Elle s’installe, elle revient par cycles, et elle transforme le quotidien, le corps et le regard qu’on porte sur soi.

Une maladie chronique qui ne disparaît pas sur commande

Selon la brochure de l’Association Française de l’Eczéma, c’est une « maladie inflammatoire chronique de la peau », qui évolue par poussées. Concrètement, elle ne disparaît pas pour de bon. On peut l’endormir, c’est-à-dire obtenir de longues périodes d’accalmie. Mais elle peut aussi se réveiller, et revenir plus forte. Cette mise en sommeil reste difficile à obtenir pour beaucoup de personnes. Les traitements habituels, comme les dermocorticoïdes et les émollients, sont utiles pour calmer la poussée. Mais le terrain de fond, c’est-à-dire la prédisposition génétique, l’immunité et la barrière de la peau, reste là. Du coup, la maladie ne s’endort souvent que par moments. Et l’eczéma ne se résume pas à une peau sèche. Pour beaucoup, c’est une douleur et une gêne constantes, jour et nuit, sept jours sur sept : démangeaisons, brûlures, crevasses, nuits hachées. Même quand elle se calme, la maladie fatigue le corps et l’esprit.

Une maladie qui change ta peau, ton apparence et le regard des autres

Quand l’eczéma se déclare, il ne te quitte plus vraiment. Il change l’apparence, la texture et l’esthétique de ta peau. Il peut toucher les mains, le visage, le cou et la nuque, les bras, les jambes ou le dos. Certaines zones se cachent sous les vêtements. D’autres restent visibles, comme les mains ou le visage. Alors certaines personnes refusent de te serrer la main, de te faire la bise ou de s’approcher de toi. Le regard des autres pèse lourd. Les chiffres le confirment. Selon une étude Ifop pour Sanofi Genzyme, 69 % des patients actuels rapportent un impact négatif sur leur moral. Ils sont 68 % à le ressentir sur leur confiance en soi. Par ailleurs, 45 % des malades ont déjà subi une exclusion de la part de leur entourage. Dans ces conditions, il devient très facile de se désaimer et de rejeter son enveloppe corporelle. Pourtant, ton corps ne définit ni qui tu es, ni ton âme, ni tes valeurs. Se réapproprier son corps et son image fait donc partie du chemin.

Mon vécu : comment j’ai traversé 15 ans d’eczéma

Quand la douleur est forte, on perd patience avec soi-même et avec les autres. On s’énerve plus vite. Parfois, on éprouve même du dégoût pour son corps, face au miroir ou sous le regard et les remarques des autres. Les grosses poussées chamboulent tout. Les nuits cessent d’être réparatrices, et cette fatigue s’ajoute à une fatigue déjà lourde. Traverser cette maladie au rythme de ses crises est donc difficile. Ce qui m’a aidée, c’est un travail de fond sur le corps. Il comprend une alimentation anti-inflammatoire, la réparation de ma perméabilité intestinale et une crème de cortisone. Côté mental, j’ai aussi beaucoup travaillé. J’ai appris à prendre du recul sur ce que je ne contrôle pas, à accepter mon histoire, mes failles et mes faiblesses. J’ai aussi cessé de culpabiliser, y compris de me gratter sans pouvoir m’arrêter. Chaque jour, je m’accorde au moins cinq à dix minutes rien que pour moi : respirer profondément, aller dans la nature, faire une chose que j’aime, sans contrainte. Et j’ai ma famille, qui m’aime et me soutient.

Pourquoi un carnaval d’articles sur ce thème ?

C’est pour toutes ces raisons que j’ai lancé ce carnaval d’articles. Huit auteurs, experts de leur domaine, ont publié sur leur site respectif un regard sur le thème « Se reconstruire pendant ou après une période difficile ». Mentorat, droit du travail, accompagnement du traumatisme, relaxologie, création, thérapie, soins et habitudes de vie : chacun a ouvert une porte différente. Pour chaque regard, je te donne l’idée clé, ce que j’en retiens, le lien avec l’eczéma et un geste à essayer.

On comprend mieux une épreuve quand on peut la situer et la nommer. Florence et Jean Bernard proposent chacun un repère pour y voir plus clair.

Florence Alfano : la roue d’Hudson, une carte pour traverser l’épreuve

Florence Alfano est mentore pour les personnes de plus de 45 ans qui
veulent vivre une vie qui leur appartient vraiment et elle anime le podcast
« Femmes dans le Flo ». Retrouve-la sur florencealfano.com, Instagram, Facebook, LinkedIn et TikTok.

Pour Florence, retrouver son équilibre commence par savoir où l’on en est. La roue d’Hudson ou roue du changement, t’aide à situer où tu en es dans ta traversée
d’une période difficile. Elle permet d’accepter qu’aucune des quatre
saisons n’est éternelle, et qu’un retour en arrière n’est pas un retour
à la case départ. Cet outil de coaching vient de Frederic Hudson (1934-2015), philosophe et éducateur américain. Il a fondé le Hudson Institute of Coaching et écrit The Adult Years (Jossey-Bass, 1991). Il décrit le cycle du changement en quatre phases, comme les quatre saisons. Attention : ce n’est pas un concept médical. Aucun traitement ne porte ce nom. C’est une métaphore de développement personnel, qui t’aide à mettre des mots sur ce que tu traverses. Le schéma est simple. Deux axes se croisent : la quantité d’énergie et sa qualité. Au centre, une roue est découpée en quatre quarts. Chaque quart correspond à une saison.

  • L’automne (désynchronisation, marasme) : l’énergie diminue, en quantité comme en qualité. On doute, on renonce, et la colère, l’agacement ou la déception peuvent apparaître.
  • L’hiver (désengagement, grand marasme) : c’est le repli, la résignation et la perte de repères. On peut se dire que sa vie ne convient plus.
  • Le printemps (renouveau, réintégration) : l’énergie revient peu à peu. On aperçoit le bout du tunnel, et l’envie d’explorer renaît.
  • L’été (alignement, lancement) : on se lance à nouveau, avec enthousiasme et des projets. L’énergie est à son maximum.

Lire l’article complet de Florence : La roue d’Hudson (roue du changement)

À quoi sert la roue d’Hudson, et par quelle saison commencer ?

roue d'Hudson représentant les 4 saison et l'évolution sur le corps et l'énergie quand il y a la maladie chronique comme l'eczéma

Elle sert à prendre du recul, à te situer et à comprendre que le chemin n’est pas une ligne droite. Florence explique que le cerveau fait des raccourcis quand on souffre. Il généralise avec des mots absolus comme « toujours » ou « jamais ». Il coupe aussi la réalité en deux, entre réussite et échec, sans nuance. La roue remet de la nuance. Elle montre des hauts, des bas et des allers-retours, sans te faire culpabiliser de « ne pas avancer assez vite ». Le point de départ dépend de ce que tu vis. Un projet, comme créer une entreprise ou partir vivre à l’étranger, démarre plutôt au printemps ou en été, avec de l’élan. Une maladie, un deuil ou un choc démarre plutôt à l’automne, quand l’énergie baisse et que le doute s’installe. Cela change tout : tu ne te compares plus à quelqu’un qui n’est pas dans la même saison que toi. C’est pourquoi Florence commence son exemple par l’automne, avec l’eczéma, une maladie inflammatoire chronique de la peau. Elle ajoute que la roue est une boucle. On revient toujours à la belle saison, mais jamais au point de départ, puisqu’on connaît désormais les étapes.

La roue d’Hudson et l’eczéma : un repère, pas une prévision

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Florence décrit chaque saison à travers la peau. En automne, elle tiraille et les démangeaisons reprennent, malgré tous les soins. En hiver, la poussée est installée, les nuits sont perturbées et on évite le regard des autres. Au printemps, la peau se calme et on ose ressortir. En été, la vie repart. Je nuance pourtant ce schéma. Les saisons de la roue parlent d’énergie, pas de météo. Pour certaines personnes, le froid ne change rien à l’eczéma. Pour d’autres, l’été est une épreuve : se découvrir, aller à la plage ou à la mer reste un vrai supplice quand la peau est marquée. Ta peau peut donc flamber en « été » et se calmer en « hiver ». La roue ne prédit pas ce que ta peau va faire. Elle t’aide plutôt à repérer ton niveau d’énergie et ton moral. Florence rappelle aussi que la maladie est « juste au repos pendant les périodes lumineuses ». Son retour n’est ni un échec, ni un retour à la case départ.

À essayer aujourd’hui : demande-toi dans quelle saison tu te trouves, côté énergie et moral. Note ta réponse, puis relis-la dans quelques semaines. Le but est de te situer, pas de te juger. Florence propose aussi un outil bilan en ligne, à retrouver dans son article.

Jean Bernard Dutrieux : se reconstruire après un épuisement professionnel

Jean Bernard Dutrieux est à l’origine de La Boussole Sociale, un site qui décrypte la santé et le droit au travail. Retrouve-le sur LinkedIn et Pinterest.

Selon Jean Bernard, se reconstruire après un épuisement professionnel passe d’abord par comprendre ce qui s’est joué au travail. Il part d’un constat que beaucoup reconnaîtront. Le stress professionnel ne vient pas seulement de la quantité de travail. Il vient aussi de la façon dont le travail est organisé et dirigé. Un management qui ne donne plus de repères, celui qu’on dit « toxique », produit de l’incertitude. Les priorités changent sans explication. Les consignes se contredisent. Ce qui était encouragé hier est reproché aujourd’hui. Le changement n’est pas le problème : la difficulté apparaît quand l’imprévisibilité devient un mode de fonctionnement. Le salarié ne travaille alors plus seulement à accomplir sa mission. Il travaille aussi à décoder son environnement. Son texte s’appuie sur des sources officielles : l’INRS, la Haute Autorité de santé, l’OMS et le Code du travail.

Lire l’article complet de Jean Bernard : Management toxique, burn-out : comment se reconstruire

« Celui qui tient encore n’est pas forcément celui qui va bien »

Continuer à fonctionner ne veut pas dire que la situation est supportable. Pour Jean Bernard, c’est l’un des pièges les plus importants. Certaines personnes compensent longtemps. Elles travaillent davantage et vérifient tout plusieurs fois. Leurs décisions sont préparées encore plus, leurs réponses sont plus rapides, et certaines discussions sont évitées. Les problèmes les suivent aussi à la maison, au moins mentalement. De l’extérieur, elles semblent même particulièrement investies. Voilà pourquoi personne ne voit rien, et pourquoi elles-mêmes tardent à s’écouter. L’INRS décrit pourtant ce qui se passe quand le stress s’installe : troubles du sommeil, nervosité, angoisse, perturbation de la concentration, erreurs et oublis. Ces signes ne permettent pas de poser un diagnostic. Mais lorsque ton fonctionnement habituel change durablement, regarder aussi ce qui se passe dans ton travail n’a rien d’accessoire. Jean Bernard apporte aussi une nuance importante. Tout stress professionnel ne mène pas au burn-out, et toute fatigue importante n’en est pas un. Seul un professionnel de santé peut poser ce diagnostic.

Récupérer, comprendre, préparer la reprise : les trois temps de Jean Bernard

Il n’existe pas de parcours type, rappelle Jean Bernard. Il décrit pourtant trois temps.

  • D’abord, récupérer. Avant de choisir entre revenir, partir ou changer de métier, on peut avoir besoin de retrouver du sommeil, de l’attention et une vie qui ne tourne plus autour du problème professionnel. Il rappelle que, selon la Haute Autorité de santé, un arrêt de travail est le plus souvent nécessaire, avec un accompagnement adapté.
  • Ensuite, comprendre. À force de s’adapter à des demandes contradictoires, on peut douter de son propre jugement. Cette remise en perspective évite une conclusion destructrice : « Si je me suis effondré, c’est que je n’étais pas assez fort. »
  • Enfin, préparer la reprise. Une visite de pré-reprise avec le médecin du travail peut anticiper des aménagements du poste, un reclassement ou une formation. La vraie question n’est pas seulement de savoir si la personne peut reprendre, mais dans quelles conditions.

Son idée centrale tient en une phrase : se relever ne signifie pas redevenir capable de supporter ce qu’on supportait avant. C’est retrouver une capacité de choix : pouvoir dire oui, pouvoir dire non. Il rappelle enfin que l’employeur a des obligations de prévention. Le chemin ne peut pas reposer sur la seule personne.

Comment se reconstruire après un management toxique quand on vit avec l’eczéma ?

Ce que j’en retiens : tenir n’est pas un signe de force. Si ton travail te prend plus qu’il ne te donne, tu peux regarder ce qui a changé sans te croire fragile. Retrouver sa santé, c’est aussi retrouver le droit de dire non.

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Beaucoup d’entre nous continuent à « tenir » pendant une poussée. On cache ses mains, on compense, on ne dit rien au bureau. Le stress n’est jamais la cause de l’eczéma. Mais selon l’Association Française de l’Eczéma, plusieurs facteurs peuvent aggraver la maladie, dont le stress psychologique. Un management qui multiplie les ordres contradictoires peut donc compter parmi eux, chez certaines personnes. Regarder ce que ton travail demande à ton corps n’a rien d’une faiblesse. Si ta peau flambe par périodes, parles-en aussi à ton dermatologue ou à la médecine du travail.

À essayer aujourd’hui : note pendant quelques jours ce qui a changé dans ton travail depuis que tu te sens plus fatiguée. Une consigne, un rythme, un manque de reconnaissance ? Puis pose-toi la question de Jean Bernard : dans quelles conditions puis-je travailler sans sacrifier ma santé ?

Se reconstruire psychologiquement passe aussi par le corps. On apaise le corps et le mental en leur redonnant de la sécurité, un petit pas à la fois. Solweig et Catherine proposent deux chemins complémentaires.

Solweig Ely : quand le corps garde la trace du passé

Solweig Ely est l’autrice du blog Chemins de vies, consacré à la reconstruction après un vécu traumatique (plus de cent articles). Retrouve-la sur Facebook, Instagram et YouTube.

Pour Solweig, aller mieux commence par écouter son corps sans lui en vouloir. Elle répond à une question que beaucoup se posent, parfois avec honte : un traumatisme ancien peut-il laisser une trace dans le corps ? Sa réponse est nuancée. Un jour, « le corps se met à parler plus fort » : le sommeil se dérègle, le cœur s’emballe, la fatigue s’installe, et on se sent sans cesse sur le qui-vive. Après un choc, le système d’alarme peut rester sensible très longtemps. Ce qui encombre aujourd’hui a parfois été, hier, une façon de survivre. Elle pose aussi un garde-fou. Un souvenir n’est pas rangé littéralement dans un muscle. C’est le système corps-cerveau qui a appris quelque chose : qu’il fallait surveiller, anticiper, rester prêt à réagir. Solweig met donc en garde contre les lectures symboliques, comme « mon eczéma signifie que je rejette quelqu’un ». Elles n’ont rien d’un diagnostic médical. Elles ajoutent une double peine : souffrir d’un symptôme, puis se demander ce qu’on a « mal géré » pour le créer. Enfin, elle explique pourquoi des symptômes peuvent apparaître tard. Pendant qu’on survit, certains signes restent en arrière-plan. Un changement, une perte ou une maladie peuvent ensuite leur donner plus de place.

Lire l’article complet de Solweig : Ce que le corps garde en mémoire

Comment apaiser un corps en alerte quand la peau flambe ?

Redonne à ton corps des informations du présent, sans chercher à tout analyser.

Ce que j’en retiens : ton corps n’est pas ton ennemi. Il a appris à te protéger, et il ne distingue pas toujours l’ancien danger du présent. Solweig propose de changer de question. Remplace « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » par une autre, plus tendre : « Qu’est-ce qui pourrait m’aider à me sentir un peu plus en sécurité aujourd’hui ? » Un symptôme physique mérite d’abord une évaluation médicale. Ensuite seulement, tu peux devenir curieuse : qu’est-ce que je remarque quand mon corps réagit ?

Sa conclusion éclaire toute la démarche. Aller mieux ne consiste pas à faire taire ce qui a souffert. Ce n’est pas non plus redevenir exactement la personne d’avant. C’est devenir quelqu’un qui connaît mieux ses fragilités, ses besoins, ses limites et ses ressources, sans confondre sensibilité et faiblesse.

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Solweig reste précise : l’eczéma est une maladie multifactorielle. Le stress peut compter, mais il n’en est pas la cause. Avoir une poussée en période difficile ne veut pas dire que tu as mal géré tes émotions. Une peau qui flambe n’est pas une faute. Comme elle le demande : « Et si ce corps n’était pas contre nous ? »

À essayer aujourd’hui : quand l’alarme s’active, repère trois objets autour de toi. Sens le poids de tes pieds sur le sol. Nomme l’endroit où tu es et rappelle-toi la date. Prends une expiration tranquille, sans chercher à « bien respirer ». Tu peux te dire : « Je remarque que mon corps a peur. Je vais d’abord l’aider à comprendre où je suis. » Si un exercice augmente ton angoisse, arrête-toi : ce n’est pas une performance.

Catherine Chabrand : être positive sans nier ce qu’on traverse

Catherine Chabrand est relaxologue et coach en développement personnel. Elle écrit sur Ensemble vers la sérénité. Retrouve-la sur Facebook et Instagram.

Chez Catherine, retrouver du calme commence par un mental apaisé, pas par une positivité imposée. Elle part d’un constat. Face à une maladie, un deuil, une séparation ou des difficultés professionnelles, le mental s’emballe. Les pensées se multiplient : « Et si ça ne s’arrangeait pas ? » L’esprit anticipe, imagine des scénarios et tente de reprendre le contrôle d’une situation qui lui échappe. Sa première idée tient en une phrase : être positif ne signifie pas aller bien tout le temps. Elle propose d’abord d’accueillir ce que l’on ressent. Peur, colère, tristesse, injustice, impuissance, découragement : toutes ces émotions ont leur place. Vouloir les faire disparaître tout de suite peut même ajouter une souffrance. Plutôt que « Je dois rester positif », Catherine invite à se dire : « Ce que je ressens est difficile, et j’ai le droit de le ressentir. » Accueillir une émotion ne veut pas dire lui donner toute la place. On peut être triste et continuer à avancer. On peut avoir peur et garder de l’espoir.

Revenir au présent et distinguer ce qui dépend de soi

Le mental souffre souvent davantage de ce qu’il imagine que de ce qui se passe réellement. Pour retrouver un peu de calme, Catherine propose une question très simple : « Que se passe-t-il réellement maintenant ? » Ensuite, on ramène doucement l’attention vers ce qui nous entoure. On respire lentement et on sent ses pieds au sol. On observe ce que l’on voit et on écoute les sons. Elle invite aussi à faire la différence entre ce que l’on peut contrôler et ce que l’on ne peut pas contrôler. Une épreuve nous confronte à des situations que nous ne maîtrisons pas. En revanche, nous pouvons choisir de nous reposer, de demander de l’aide et de parler de ce que nous ressentons. Nous pouvons limiter les informations qui nous angoissent, nous entourer de personnes bienveillantes et nous accorder des moments de calme. Se concentrer sur ce qui dépend de nous redonne un sentiment de sécurité et de pouvoir d’agir.

Pensée constructive, petits plaisirs et rythme personnel

Catherine distingue la positivité forcée de la pensée constructive. La première dit : « Tout va forcément bien se passer. » La seconde est plus réaliste : « Je ne sais pas encore comment les choses vont évoluer, mais je vais faire de mon mieux pour traverser cette étape. » L’espoir n’est donc pas l’obligation de croire que tout sera parfait. C’est accepter de ne pas connaître la suite, en laissant une place à l’évolution. Elle conseille aussi de s’appuyer sur les petites choses qui font du bien : un rayon de soleil, une promenade, un café partagé, une musique, un livre. Ces instants rappellent au cerveau et au cœur qu’il existe encore de l’agréable au milieu de la difficulté. Elle invite enfin à ne pas rester seul avec ce qui pèse, et à se donner le droit d’avancer à son propre rythme. Il n’y a pas de calendrier universel pour aller mieux.

Lire l’article complet de Catherine : Apaiser son mental et nourrir une attitude positive

Comment garder espoir quand la peau te fait douter ?

L’espoir, ce n’est pas croire que tout sera parfait : c’est accepter de ne pas connaître la suite.

Ce que j’en retiens : tu n’as pas à te forcer à aller bien. Une journée difficile ne remet pas en cause tout le chemin parcouru. Choisir une pensée plus juste, plus douce et plus réaliste ne veut pas dire nier ce que tu ressens. Cela t’évite simplement de te laisser envahir.

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Les démangeaisons te réveillent la nuit, et ton cerveau part en scénario catastrophe : et si ça ne s’arrêtait jamais ? Avec une maladie chronique, ces pensées reviennent souvent, surtout pendant une poussée. La question de Catherine te ramène à ce qui est là, maintenant. Elle ne règle pas la poussée. Mais elle t’évite d’ajouter l’angoisse de demain à l’inconfort d’aujourd’hui.

À essayer aujourd’hui : choisis une pensée qui tourne en boucle, par exemple « je n’y arriverai jamais ». Réécris-la : « Je me sens aujourd’hui comme si je n’allais pas y arriver. Mais je n’ai pas besoin de savoir comment je vais gérer tout l’avenir. Je peux simplement avancer aujourd’hui. » Ajoute trois respirations lentes, les pieds bien au sol. Puis pose-toi la question de Catherine : quelle petite chose pourrais-je faire aujourd’hui pour mettre un peu plus de calme et de douceur dans ma journée ?

Guide gratuit Mieux Vivre l'Eczéma : 12 gestes pour apaiser ses crises et un journal des déclencheurs

On s’exprime et on se répare en donnant une forme à ce qu’on ressent, sans chercher à le rendre beau. Elise passe par les mains, Aurélie par la compréhension de soi.

Elise Lyautey : le carnet, un miroir de ce qu’on traverse

Elise Lyautey est la créatrice du blog Mon Univers Déco, consacré à la déco bien-être, au DIY créatif qui a du sens et à l’art journaling. Retrouve-la sur Facebook, Instagram, YouTube, LinkedIn et Pinterest.

Du côté d’Elise, retrouver son équilibre passe par les mains. Aujourd’hui elle partage sa pratique en art journaling, c’est-à-dire la tenue d’un carnet créatif où l’on dessine, colle, écrit et peint ses émotions. Cela ressemble à la tenue d’un journal intime, en version créative. Elise fabrique elle-même ses carnets, souvent avec de la récup. Elle les appelle des « Junk Journal » : vieilles pages de livres, chutes de papier, emballages. Ces vieux papiers ont déjà une histoire, une usure, une mémoire. Leur donner une seconde vie, c’est un peu comme se donner à soi-même une seconde chance. Pour elle, le carnet ressemble étrangement à nous. C’est un support qu’on abîme et qu’on répare, qui garde la mémoire de ce qu’il a traversé sans cesser d’exister. Il se salit, se froisse, se déchire, puis se répare. L’imperfection n’y est pas seulement acceptée : elle est célébrée. Fabriquer le carnet a déjà une valeur symbolique. Choisir la couverture, le papier et la reliure, c’est façonner un contenant à sa mesure. Et en art journaling, on ne tourne pas la page : on la recouvre et on la transforme, sans effacer ce qu’il y avait avant.

Elise Lyautey : pourquoi cette pratique apaise vraiment

L’art journaling aide parce qu’il donne une forme à ce qui reste flou, sans jugement. Ici, le moche est le bienvenu. Certaines pages sont agréables, d’autres brouillonnes, voire dérangeantes. Elise rappelle qu’une page « moche » raconte un instant vrai. La seule question qui compte est la suivante : est-ce que cette page m’a fait du bien à créer ? Elle s’appuie sur trois mécanismes. La symbolisation donne une forme visible à ce qui reste invisible à l’intérieur de soi. L’externalisation permet de regarder l’émotion à distance, sur une page, plutôt que de la porter en permanence. La répétition permet de relire d’anciennes pages et de mesurer le chemin parcouru, même quand on a l’impression de ne pas avancer. Pas besoin d’un attirail sophistiqué pour commencer : un carnet épais, des feutres, de la colle, des magazines à découper, un peu de peinture. On peut partir d’une émotion, d’une couleur, d’un mot qui tourne en boucle ou d’une image. L’essentiel est de laisser le geste précéder la réflexion. On analyse après, pas pendant. Elise propose enfin vingt consignes, réparties en trois familles : exprimer les maux, cultiver la gratitude et reprendre confiance en soi.

Lire l’article complet d’Elise : Art journaling : extérioriser ce qu’on n’arrive pas à dire

Comment un carnet peut-il t’aider quand la peau pèse sur le moral ?

Ce que j’en retiens : écrire ou créer ses émotions ressemble beaucoup à la tenue d’un journal intime. Beaucoup d’adultes ont délaissé cette pratique, alors que les adolescentes, surtout, la plébiscitent. Elle garde pourtant toute sa place à l’âge adulte. Elle aide à gérer ses émotions, à prendre du recul et à soulager le mental.

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Cette dimension émotionnelle compte encore plus avec une maladie chronique. On soigne souvent le corps et la peau avant tout, alors que l’eczéma reste une maladie complexe, qui touche aussi le moral.

Les nuits courtes, les démangeaisons, le regard des autres et les mots qu’on n’ose pas dire s’accumulent vite dans la tête. Un carnet les accueille sans que tu aies à les expliquer. Certaines consignes d’Elise te parleront directement : « Fais une page sur ce que ton corps traverse en silence, sans que personne ne le voie. » ou « Colle des images qui représentent le poids du regard des autres, réel ou imaginé. »

À essayer aujourd’hui : prends une feuille et un feutre, puis choisis une consigne :

  • Côté gratitude : « Liste cinq choses que ton corps a réussi à faire cette semaine, malgré tout. »
  • Pour te recentrer : « Fais une page “ce qui va bien aujourd’hui”, même s’il n’y a qu’une seule chose à y mettre. »
  • Côté sécurité : « Dessine un objet, un lieu ou une personne qui te procure un sentiment de sécurité. »
  • Pour mesurer ton chemin : « Représente le chemin parcouru depuis le début de cette période difficile, sous forme de ligne, de spirale ou de paysage. »

Elise en propose vingt au total : retrouve-les toutes dans son article. Le geste d’abord, l’analyse après.

journal intime créé à partir de morceau de feuilles, avec beaucoup de collages et un mantra "on ne tourne pas la page, on la recouvre et on la répare" pour évoquer la reconstruction de soi en période difficile comme avec l'eczéma

Aurélie Jur : l’armure compte plus que l’épreuve

Aurélie Jur est praticienne et fondatrice de Vérité Intérieure, où elle propose soins, yoga et accompagnement. Retrouve-la sur Facebook et Instagram.

Aurélie commence par une idée qui libère : retrouver son équilibre n’attend pas forcément la fin de la crise. Dans son cabinet comme dans sa propre histoire, elle observe un lien étroit entre nos difficultés d’adulte et notre histoire d’enfant. Plus l’enfance a été douloureuse, plus une étape de vie peut être difficile à traverser. Ce n’est pas parce que nous serions « faibles », mais parce que le terrain sur lequel l’épreuve tombe n’est jamais neutre. Ce n’est pas l’événement seul qui nous terrasse : c’est l’écho qu’il trouve en nous. Comprendre cela, c’est cesser de se juger. Sa métaphore centrale est celle de l’armure. Ce qui rend une épreuve difficile, c’est moins l’événement que la manière dont on est équipé pour le recevoir. « Ce n’est ni une question de courage ni de mérite. C’est une question d’équipement. » Cet équipement ne se limite pas à la volonté : le sommeil, l’alimentation, l’activité physique et le stress chronique y participent. Aurélie décrit aussi un cercle vicieux. Je vais mal, je mange mal, je compense, parfois je fume ou je bois pour tenir. Ces habitudes peuvent à leur tour fragiliser l’équilibre physique et émotionnel.

Aurélie Jur : faire le deuil de ce qui a été

Pour Aurélie, aller mieux demande aussi de faire un deuil : celui d’une situation, d’une relation, parfois de l’image qu’on avait de soi-même dans cette situation. On peut même s’y préparer, en acceptant intérieurement de perdre une situation en cours plutôt que de la voir s’effondrer d’un coup. Ce deuil suppose un certain rapport à l’émotion : ni la fuir, ni s’y noyer. L’émotion a besoin d’être vécue et traversée, pas contournée ni anesthésiée. Quand notre rapport à elle s’apaise, un nouvel équilibre peut s’installer. Aurélie écrit que le corps garde la mémoire de ce que l’esprit refuse parfois d’accueillir. Elle conclut avec l’exemple du burn-out. Ce n’est pas tant l’histoire d’une personne qui travaille trop, mais celle d’une personne qui s’est oubliée, ensevelie sous des couches d’obligations. « Se reconstruire, c’est alors moins “réparer” que se retrouver soi. »

Lire l’article complet d’Aurélie : Se reconstruire : et si l’armure comptait plus que l’épreuve ?

Une poussée est-elle une question de courage ?

Non : face à une épreuve, on traverse avec l’équipement qu’on a, et on peut le renforcer.

Ce que j’en retiens : comprendre son histoire ne sert pas à chercher un coupable. Cela sert à cesser de se juger. Si une épreuve te terrasse plus que prévu, ce n’est pas de la faiblesse. Le deuil, lui aussi, fait partie du chemin : on a le droit d’être triste de la vie d’avant, de la peau d’avant, de l’image qu’on avait de soi.

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Quand la peau flambe, on se demande vite ce qu’on a mal fait. Pourtant, l’eczéma repose d’abord sur un terrain génétique et immunitaire, avec une barrière cutanée fragile. Ce n’est ni un manque de courage, ni une faute.

En revanche, les habitudes de compensation dont parle Aurélie méritent ta vigilance. Pour l’Association Française de l’Eczéma, fumer n’est « clairement pas une bonne idée » quand on est atopique, et les addictions aggravent l’eczéma. Ne pas s’installer dans ce cercle vicieux, c’est donc aussi protéger ta peau. Si tu t’y reconnais, parles-en à ton médecin, sans honte.

À essayer aujourd’hui : repère, sans te juger, une habitude de compensation qui revient quand ça va mal : grignotage, écrans, verre de trop, cigarette. Contente-toi de l’observer et de la noter. Puis choisis un seul appui à soutenir cette semaine : ton sommeil, un repas posé ou un peu de mouvement.

On reprend sa place en s’autorisant à exister aussi, et en retrouvant quelques repères simples. Véronique parle de celles et ceux qui tiennent pour les autres, Pierre de ceux qui n’ont plus de rythme.

Véronique Grobet : quand on tient pour les autres

Véronique Grobet est thérapeute et écrit sur uncorpsunehistoire.be autour de la santé des femmes et du lien entre le corps et l’histoire de chacune. Retrouve-la sur Facebook et Instagram.

Son article s’ouvre sur une phrase qui serre la gorge : « Voir ceux que l’on aime souffrir est une douleur. Et découvrir que tout notre amour ne suffit pas à les protéger en est une autre. » Pour Véronique, retrouver sa place est une étape à part entière quand on a tenu pour les autres. Pendant trois ans, elle a accompagné des proches dans des périodes très difficiles, en tant que mère. Leurs histoires leur appartiennent, et elle ne les raconte pas. Elle raconte ce qui se passe de l’autre côté : l’impuissance, la culpabilité, et la place qu’on finit par ne plus se donner. Elle décrit très justement l’hypervigilance. Quand on a longtemps vécu dans la peur, le système nerveux reste mobilisé. Il a appris à guetter la menace, et il ne retrouve pas tout de suite la sécurité quand les circonstances s’améliorent. Elle l’écrit ainsi : « La tête peut comprendre que les choses vont mieux. Le corps, lui, continue parfois à retenir son souffle. » Devenue aidante sans l’avoir décidé, Véronique s’est épuisée. Être aidante, c’est porter une charge émotionnelle, mentale et parfois physique qui dépasse ce que l’on imagine. Son métier de thérapeute lui avait appris de nombreux outils. Savoir ne l’a pas protégée : elle a eu besoin, elle aussi, d’être accompagnée.

Ce qui a aidé Véronique, concrètement

Ce qui l’a aidée à retrouver son souffle tient dans des gestes simples, mais pris au sérieux.

  • Des séjours de répit. Parfois une semaine sur deux, elle partait retrouver la mer, le soleil, l’horizon. Elle avait besoin de voir loin, et de se rappeler que le monde ne se résumait pas à la maladie et à l’angoisse.
  • Respirer, marcher, méditer, bouger. Elle vivait presque en apnée. Ces gestes, presque dérisoires face à l’épreuve, l’ont ramenée peu à peu à elle.
  • L’émerveillement. Quand on vit dans la peur, le regard se pose sur ce qui ne va pas. Elle a réappris à regarder ailleurs : un paysage, une lumière, une rencontre, un geste créatif, une marche dans la nature.
  • Une gratitude sans injonction. Elle ne cherche pas du positif dans chaque épreuve. Elle reconnaît simplement ce qui est encore là, ce qui la soutient, même au cœur de l’incertitude.
  • Se laisser aimer. Elle a accepté la présence de ceux qui savaient être là, sans chercher à réparer, à expliquer ou à minimiser. Un espace de parole avec d’autres personnes dans des situations semblables lui a toutefois manqué.

Elle ajoute un apprentissage délicat : laisser vivre. Elle a cessé d’interpréter chaque silence, elle a posé des questions plutôt que de deviner, et elle a fait confiance autrement. « Prendre soin de moi ne retirait rien à l’amour que je leur portais. »

Lire l’article complet de Véronique : À force de tenir pour les autres, je me suis oubliée

Soutenir une personne malade, ou être soutenue : et l’eczéma dans tout ça ?

Prends soin de toi sans culpabiliser, et demande à l’autre comment il va, lui.

Ce que j’en retiens : Véronique termine par une invitation. Si une personne de ton entourage accompagne un proche malade, ose lui demander comment elle va, elle. Pas seulement comment va celui dont elle s’occupe. Parfois, on n’a pas besoin de solutions. Il suffit de dire : « Je suis là. »

Et pour toi qui as de l’eczéma ? L’eczéma ne touche pas seulement la personne qui le porte. Parents d’un enfant qui se gratte la nuit, conjoints, proches : tous voient la peau s’abîmer, et beaucoup s’épuisent en silence. Soutenir une personne malade ne veut pas dire s’oublier. Et si c’est toi qui es soutenue, tu peux dire à tes proches ce qui t’aide vraiment : être écoutée, sans qu’on cherche à réparer. Chez moi, le soutien de ma famille a compté énormément.

À essayer aujourd’hui : si tu accompagnes quelqu’un, programme un vrai répit, même court. Une marche, quelques respirations, un moment qui n’appartient qu’à toi. Si tu es entourée, dis à un proche ce qui t’a fait du bien cette semaine.

Pierre Gayot : retrouver un premier repère dans la journée

Pierre Gayot est l’auteur du blog Mieux vivre au quotidien, consacré à la nutrition, au mouvement, au sommeil et aux habitudes de vie. Retrouve-le sur Facebook, X, Tumblr et YouTube.

Chez Pierre, tout commence par le plus concret : le quotidien. Une maladie, un deuil, une séparation, un épuisement ou une accumulation de problèmes dérèglent des choses qui semblaient automatiques. On dort moins bien, les repas se décalent, le mouvement diminue et les journées perdent leur rythme. Pierre refuse d’y voir un manque de volonté. Quand une grande partie de l’énergie est mobilisée ailleurs, il reste moins de place pour le reste. Sa réponse tient en une idée : pas de grand ménage du lundi. Il propose de choisir un seul premier repère, assez simple pour tenir même les mauvais jours. Par exemple, se lever à une heure à peu près stable, prendre un vrai petit-déjeuner, sortir dix ou quinze minutes, préparer un repas simple le soir ou couper les écrans un peu plus tôt. « Petit ne veut pas dire inutile. » Une fois ce repère revenu, on le laisse s’installer avant d’en ajouter un autre. Pierre invite aussi à garder une base de ce qui aidait avant, tout en laissant entrer « un peu de vent frais ». L’objectif n’est pas de devenir quelqu’un d’autre. C’est de faire évoluer son quotidien pour qu’il corresponde à ce que l’on vit aujourd’hui.

Pierre Gayot : sommeil, mouvement et alimentation

Pierre se concentre sur trois domaines où l’on peut recréer de la stabilité, sans promesse miracle.

  • Le sommeil. Une heure de lever stable, la lumière naturelle du matin et un ralentissement le soir : lumières plus douces, moins d’écrans, un petit rituel. Certaines nuits resteront compliquées. Mieux vaut regarder la tendance sur plusieurs semaines que juger une seule nuit.
  • Le mouvement. Une marche de dix ou quinze minutes vaut mieux qu’une grosse séance qu’on abandonne. Dans cette période, la régularité compte plus que la quantité.
  • L’alimentation. Des repas réguliers et simples, avec deux ou trois recettes qu’on sait refaire sans réfléchir, comme une omelette aux légumes ou des lentilles avec du riz. Sans oublier de boire, et sans régime trop strict.

Quand une mauvaise journée arrive, il rassure : « Une mauvaise journée n’efface pas les habitudes que tu as déjà réussi à reconstruire. » Et quand ces repères ne suffisent plus, il invite à demander l’aide d’un médecin ou d’un professionnel, en parallèle.

Lire l’article complet de Pierre : Comment retrouver des repères au quotidien ?

Pourquoi les petites habitudes comptent-elles autant quand tout vacille ?

Parce qu’elles donnent un rythme, un cadre et un point d’appui à un corps et à un mental qui vacillent.

Ce que j’en retiens : pendant ou après une période difficile, tout paraît incertain. Ces petits rendez-vous rassurent, car ils demandent moins de décisions : ils sont déjà connus. Ils donnent une forme à la journée, et mentalement, on peut s’y accrocher. Un seul repère tenu prouve qu’on peut recommencer.

Et pour toi qui as de l’eczéma ? Deux repères comptent particulièrement. Le premier est le sommeil, ton temps de repos et de renouvellement. Les démangeaisons sont généralement plus intenses la nuit. Selon l’Association Française de l’Eczéma, 80 % des adultes atteints d’eczéma atopique ont au moins une nuit par semaine de mauvais sommeil. Quand les nuits sont hachées, tout le reste se dérègle. Protéger ton sommeil n’a donc rien d’un luxe.

Le second est l’alimentation, qui demande de l’anticipation. Les soirs de grande fatigue, on attrape ce qui est rapide, et c’est rarement le plus apaisant pour la peau. Chez certaines personnes, une alimentation très transformée semble aller de pair avec plus d’eczéma. Dans mon parcours, l’alimentation et le sommeil ont fait partie du travail de fond qui m’a permis d’arriver à -80 % de crises en 2 ans. Penser et préparer tes repas à l’avance t’évite de choisir au moment où l’énergie manque. Je détaille l’alimentation anti-inflammatoire et l’eczéma ailleurs.

À essayer aujourd’hui : choisis un seul repère pour demain et fixe-le dès ce soir. Tu peux te lever à peu près à la même heure, sortir dix minutes dehors ou préparer ton dîner à l’avance. Un seul, pas deux. Si la journée déraille, reviens au plus simple, sans chercher à te rattraper.

Retiens que tu n’es pas fautive, que tenir n’est pas aller bien et que le chemin n’est pas une ligne droite.

Pourquoi une poussée n’est-elle jamais une faute ?

Solweig, Aurélie et Catherine le disent chacune à leur façon : on traverse avec l’équipement qu’on a. Le stress n’est jamais la cause de l’eczéma, mais il peut aggraver une poussée chez certaines personnes. Et il n’a pas qu’un seul visage. Une période difficile peut prendre de nombreuses formes :

  • Des difficultés au travail ou un épuisement professionnel ;
  • Une épreuve personnelle ou des tensions dans la famille ;
  • Une relation toxique, une séparation ou un divorce ;
  • Un déménagement ou le départ d’un enfant de la maison ;
  • La perte d’un être cher ou de son animal de compagnie.

Chacune de ces situations peut peser sur le corps, le sommeil et la peau. Pour comprendre ce qui entre en jeu, je détaille les déclencheurs de l’eczéma adulte.

Pourquoi tenir ne veut-il pas dire aller bien ?

Jean Bernard et Véronique décrivent le même piège. On continue à fonctionner en mettant ses besoins de côté. Avec une maladie chronique, c’est un réflexe courant : on cache, on compense, on ne veut pas déranger. Pourtant, c’est le corps qui finit par parler plus fort.

Le chemin vers l’apaisement est-il une ligne droite ?

Florence parle de saisons. Pierre parle de mauvaises journées qui n’effacent rien. Catherine rappelle qu’il n’existe aucun calendrier universel. C’est la même idée : l’eczéma va et vient, et les périodes calmes comme les poussées font partie du même cycle. Cela ne veut pas dire que tout est à recommencer.

Les petits gestes suffisent-ils ?

Un repère, une page de carnet, trois objets autour de toi, une phrase réécrite : ces gestes sont minuscules. C’est justement pour cela qu’ils tiennent. Mais ils ne remplacent ni un avis médical ni un accompagnement. Les deux vont ensemble, surtout quand on vit avec la maladie depuis longtemps.

Choisis le geste qui répond à ce que tu ressens aujourd’hui. Garde les autres pour plus tard. Un seul geste, c’est déjà beaucoup.

Combien de temps faut-il pour se remettre d’une période difficile ?

Il n’existe pas de calendrier universel. La durée dépend de ce que tu as traversé, de ton histoire et de tes ressources. Comme après une maladie, il y a une phase de convalescence, avec des hauts et des bas. Voici trois conseils pour l’aborder :
Ne te compare pas : chacun avance à son rythme.
Repère les progrès sur plusieurs semaines, pas sur une seule journée.
Si ton sommeil, ton énergie ou ton quotidien se dégradent durablement, parles-en à un médecin ou à un professionnel de santé.

Peut-on se reconstruire avec une maladie chronique comme l’eczéma ?

Oui, mais pas au sens de revenir à la vie d’avant. Vivre avec une maladie chronique, c’est apprendre à vivre avec ses cycles : les périodes calmes, les poussées, et les repères qui aident à traverser les deux. Cela passe aussi par se réapproprier son corps et travailler sur l’image que l’on a de soi, malgré l’évolution physique et esthétique de la peau. Quelques pistes :
Dresse la liste de ce que ton corps fait pour toi chaque jour, malgré la maladie.
Prends soin de ta peau comme d’un geste de tendresse, avec les soins conseillés par ton médecin.
Choisis des vêtements dans lesquels tu es à l’aise, sans te cacher à tout prix.
Rappelle à ton entourage que l’eczéma n’est pas contagieux : l’Association Française de l’Eczéma le précise, et tu peux donc serrer la main ou faire la bise sans risque.
Parle de ce que tu ressens, à un proche ou à un professionnel de l’accompagnement.

Le stress peut-il aggraver l’eczéma ?

Chez certaines personnes, oui, le stress peut aggraver une poussée. Mais il n’est jamais la cause de l’eczéma, qui repose d’abord sur un terrain génétique et immunitaire. Avoir une poussée en période difficile ne veut donc pas dire que tu as mal géré tes émotions. Pour apaiser le terrain, protège ton sommeil, bouge un peu chaque jour et accorde-toi quelques minutes rien qu’à toi.

Comment soutenir un proche qui traverse une période difficile ?

Écoute sans chercher tout de suite à réparer. Sois présente, même en silence. Pose la question qu’on oublie souvent : « Et toi, comment vas-tu ? » Propose un geste concret, comme un repas ou une marche à deux. Comme l’écrit Véronique, parfois « Je suis là » suffit.

Quand demander de l’aide à un professionnel ?

Dès que tu dors très mal depuis longtemps, que tu manges de moins en moins, que ton énergie continue de baisser ou que ton état se dégrade. Demander de l’aide n’annule pas ce que tu mets déjà en place : les deux vont ensemble. Si des pensées très sombres apparaissent, appelle sans attendre : en France le 3114, en Belgique le 0800 32 123, en Suisse le 143, au Canada le 988.

Pour se reconstruire après une période difficile, il n’existe pas un seul chemin. Il y en a huit ici, et sûrement beaucoup d’autres. Garde celui qui te parle, et essaie un seul geste cette semaine.

Merci à Florence, Jean Bernard, Solweig, Catherine, Elise, Aurélie, Véronique et Pierre. Ils ont joué le jeu avec beaucoup de sincérité. Chacun a ouvert une porte différente, et c’est ce qui rend ce carnaval si riche.

Et toi, quel geste vas-tu essayer en premier ? Dis-le-moi en commentaire. Je serais ravie de te lire.

Ce premier carnaval ne sera pas le dernier. Pour voir l’événement dans son ensemble, la page du carnaval d’articles présente le thème, les règles et tous les participants.

Étude Ifop pour Sanofi Genzyme réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 22 au 26 novembre 2019 auprès d’un échantillon de 2 007 personnes de la population française âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.

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2 réflexions sur “Se reconstruire après une période difficile : 8 regards d’experts”

  1. Merci Émilie pour ce magnifique travail de synthèse et pour avoir réuni nos huit regards autour d’un sujet aussi profond que la reconstruction après une épreuve.

    Ce que j’aime particulièrement dans ton article, c’est la manière dont tu as su relier chacune de nos approches à ton propre vécu avec l’eczéma. Tu nous rappelles ainsi que, derrière une maladie ou une épreuve, il y a avant tout une personne, avec son histoire, ses émotions, ses ressources et ses fragilités.

    Je suis profondément convaincue que se reconstruire ne signifie pas redevenir celle ou celui que nous étions avant, mais apprendre à habiter autrement notre vie et notre corps, avec davantage de conscience et de douceur.

    Merci pour cette belle initiative et pour la richesse de ces regards complémentaires. C’est aussi cela, la force du partage : découvrir que plusieurs chemins peuvent nous aider à retrouver le nôtre.

    1. Chère Véronique, je suis très émue à la lecture de ton message. C’est souvent difficile de vivre avec une maladie chronique tel que l’eczéma, car rien à voir avec un cancer, mais cela n’enlève rien les douleurs qui meurtrissent notre corps 7J/7 et 24H/24. Je me suis longtemps définie par cette maladie… 15 ans d’eczéma, mais j’essaie de montrer et ré-expliquer à celles et ceux qui ont de l’eczéma sur le visage, les mains, le corps, que l’on est autre chose et que l’on peut se reconstruire avec la maladie et avancer avec. Ce qui est sûr, c’est qu’elle nous change, nous force la résilience et à voir le monde autrement, surement aussi à mieux profiter de chaque seconde de répis, quand ca va mieux et donc de mieux nous ancrer dans le présent…

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