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Pendant cinq ans, j’ai suivi le parcours classique. Médecin généraliste, dermatologue, crèmes à la cortisone, reprises, nouvelles poussées. Rien ne tenait dans la durée. J’ai fini par chercher ailleurs. C’est une naturopathe qui a posé les premiers mots sur ce lien. Intestin et peau, comme origine de mon eczéma. Une approche que la médecine classique ne m’avait jamais proposée. Ce jour-là, je n’avais jamais entendu parler de perméabilité intestinale, ni de porosité intestinale ni de dysbiose. Aujourd’hui, c’est l’un des piliers de ma compréhension de l’eczéma. Je t’explique ce que c’est, ce que dit la science, et ce que mon propre parcours m’a appris.
L’essentiel à retenir sur la perméabilité intestinale et l’eczéma
- La perméabilité intestinale correspond à un dérèglement du filtre naturel de l’intestin grêle.
- Elle porte aussi les noms d’intestin poreux, porosité intestinale, hyperperméabilité ou leaky gut.
- L’axe intestin-peau relie en permanence ton système digestif et ta peau.
- La dysbiose intestinale, ou flore intestinale déséquilibrée, précède souvent cette porosité.
- L’alimentation moderne ultra-transformée aggrave ce déséquilibre intestinal.
- La science confirme un lien réel, mais nuancé et parfois bidirectionnel.
- Des dermatologues spécialistes observent ce mécanisme directement en consultation.
- L’alimentation apaise la peau, la réparation de la barrière intestinale va plus loin et l’un ne va pas sans l’autre pour retrouver une peau apaisée.
La perméabilité intestinale, quand ton intestin devient une passoire
Définition simple de la perméabilité intestinale
La paroi de ton intestin grêle agit comme un filtre. Elle laisse passer les nutriments utiles. Elle bloque le reste. Quand cette paroi s’abîme, elle se comporte comme une passoire. Des particules qui n’ont rien à faire dans le sang s’y invitent. Toxines, bactéries, fragments alimentaires mal digérés. Le corps réagit par de l’inflammation. Cette inflammation peut se répercuter loin de l’intestin. Sur la peau, notamment.

Intestin perméable, intestin poreux, hyperperméabilité : les mots pour le dire
Tu croiseras plusieurs formulations pour désigner le même phénomène. Perméabilité intestinale, intestin perméable, intestin poreux, porosité intestinale. Hyperperméabilité intestinale, syndrome de l’intestin perméable. En anglais, on parle de « leaky gut ». Tous ces termes décrivent une seule réalité. Une barrière intestinale abîmée, qui ne joue plus son rôle de filtre.
Comment l’intestin communique avec ta peau
L’axe intestin-peau, ce dialogue permanent
Ton intestin et ta peau ne fonctionnent pas en vase clos. Ils communiquent en permanence, via le sang et le système immunitaire. C’est ce qu’on appelle l’axe intestin-peau. Quand l’un se dérègle, l’autre en subit les conséquences. Ce dialogue explique pourquoi une inflammation digestive peut se manifester par des plaques d’eczéma.
Dysbiose et flore intestinale déséquilibrée, le point de départ
Tout commence souvent par une dysbiose intestinale. C’est un déséquilibre de ta flore intestinale. Certaines bactéries prennent trop de place. D’autres, protectrices, se raréfient. Cette flore intestinale déséquilibrée fragilise la paroi du grêle. Elle devient plus perméable, plus poreuse. Le cercle vicieux s’enclenche.
L’alimentation moderne, un facteur aggravant reconnu
L’alimentation moderne nourrit mal ta flore intestinale. Les produits ultra-transformés apportent des additifs, des émulsifiants, du sucre caché en grande quantité. Ces substances perturbent l’équilibre naturel de tes bactéries. Le sucre rapide fait proliférer des bactéries plutôt pro-inflammatoires. Le manque de fibres prive tes bonnes bactéries de leur nourriture favorite. Résultat, ta paroi intestinale s’affaiblit avec le temps. Ce n’est pas un hasard si les pays les plus industrialisés concentrent le plus de cas d’eczéma.
De mon côté, ce déséquilibre s’est manifesté par des ballonnements récurrents. Je n’avais pas encore fait le lien avec ma peau. C’est en travaillant cet axe intestinal que j’ai vu mon eczéma évoluer aussi. Nous avions réduit le nombre d’aliments par repas, à deux ou trois maximum. Une cure d’argile verte a suivi, sous accompagnement. C’est une pratique exigeante, qui ne s’improvise pas seule. D’autres alternatives existent, plus simples à boire au quotidien. Je les détaille dans mon programme Eczéma Nouveau Départ. Les aliments acidifiants ont ensuite disparu de mon assiette. On a aussi testé la monodiète, un seul aliment par repas pendant plusieurs jours. Un exercice peu réjouissant, quand manger reste un plaisir de vivre. Mais les résultats ont été concrets. J’ai vite dégonflé. Aujourd’hui encore, je garde ce réflexe des deux ou trois aliments par repas pour mieux digérer.
Du grêle poreux au foie, jusqu’à ta peau
Une paroi intestinale abîmée laisse passer ce qui devrait rester bloqué. Ces substances indésirables rejoignent ton foie. Ton foie travaille alors plus dur pour les neutraliser. Ce travail consomme du soufre, un minéral que ta peau stocke aussi. Une dermatologue spécialiste de la dermatite atopique, le Dr Magali Bourrel-Bouttaz, décrit ce mécanisme comme un cercle vicieux. L’intestin, le foie et la peau se retrouvent liés par cette même chaîne de réactions.
Concrètement, cela veut dire une chose importante. Réparer uniquement ta peau ne suffit pas toujours. Si ton intestin reste poreux, ton foie reste débordé. Ta peau continue de manquer du soufre dont elle a besoin pour se régénérer. Une approche purement cosmétique montre donc vite ses limites.
Ce que prouve la science sur le lien intestin-eczéma
Les études scientifiques et médicales qui vont dans ce sens
Plusieurs études cliniques appuient ce lien. Dès 1981, une équipe britannique retrouve un défaut de la muqueuse intestinale chez des patients eczémateux. En 1986, une autre équipe mesure une perméabilité augmentée chez des enfants atteints d’eczéma. En 1993, une étude italienne confirme un ratio de perméabilité plus élevé chez les enfants eczémateux. Plus récemment, une étude parue en 2025 relie la sévérité de l’eczéma adulte à des biomarqueurs de perméabilité intestinale. Une étude de l’Inserm et du CNRS, menée sur des souris, va dans le même sens. Une flore intestinale altérée y augmente la perméabilité. La réaction allergique cutanée s’en trouve aggravée.
Concrètement, ces travaux convergent tous vers un même constat. Ton intestin n’est pas un simple organe digestif isolé du reste. Une paroi abîmée peut réellement peser sur l’état de ta peau. Ce n’est plus une intuition de terrain, c’est documenté depuis plus de 40 ans !
Une nuance scientifique à connaître
La littérature n’est pour autant pas unanime à 100 %. Une étude adulte de 1985 n’avait retrouvé aucune différence marquée. Plus récemment, en 2025, une étude n’a pas non plus confirmé de différence nette chez certains enfants eczémateux. Cela ne remet pas en cause l’axe intestin-peau. Cela rappelle simplement que la science continue d’affiner ce lien, avec des outils de mesure toujours plus précis.
Si le sens de causalité fait encore débat, le lien axe intestin-peau prime
Un mécanisme circule dans les deux sens. Certains chercheurs défendent que l’intestin fragilise la peau en premier. D’autres proposent l’inverse. Une peau abîmée, disent-ils, peut fragiliser la barrière intestinale à distance. Une chercheuse américaine en immunologie cutanée résume bien la situation. Elle évoque un dialogue à double sens entre les deux organes. Retiens simplement ceci : le lien existe, mais son sens exact reste débattu.
Perméabilité intestinale et eczéma, ce que les dermatologues observent
Le témoignage clinique du Dr Bourrel-Bouttaz
Dans un entretien pour Nature Sciences Santé, le Dr Bourrel-Bouttaz explique que l’eczéma atopique est une maladie épigénétique. La peau atopique serait poreuse dès la naissance, avant toute influence extérieure. Elle rappelle un chiffre frappant, confirmé dans une interview vidéo plus récente (à voir ci-dessous). L’eczéma atopique touchait 3 % des enfants à sa génération. Il en touche aujourd’hui entre 15 et 20 %.
Elle insiste sur l’origine multifactorielle de la maladie. Génétique, environnement, alimentation, flore intestinale, tout s’imbrique. Elle cite une étude où des probiotiques adaptés ont été donnés quatre mois à des enfants eczémateux (j’en parle également dans mon programme pour Mieux vivre l’eczéma). Leurs scores de sévérité ont chuté de moitié, un résultat qu’elle qualifie elle-même d’énorme.
Elle décrit aussi un second cercle vicieux, cutané cette fois. La peau atopique favorise la prolifération du staphylocoque doré. Cette bactérie aggrave à son tour la porosité de la peau. Un mécanisme qui rappelle, presque miroir, celui observé côté intestinal. De mon côté, je nettoyais mes plaies à l’argent colloïdal, une pratique personnelle non validée par la dermatologie officielle. En cas de plaque suintante ou surinfectée, l’avis d’un professionnel de santé reste la meilleure option.
Ce qu’en dit le Pr Philippe Humbert
Le Pr Philippe Humbert, ancien chef du service de dermatologie du CHU de Besançon, défend cette vision globale depuis longtemps. Dans son ouvrage Qu’est-ce qui ne va pas dans mes intestins ?, il explore justement ce terrain digestif souvent négligé. Il revient sur ce lien dans Votre peau me dit tout de vous. Il l’élargit dans Les parasites, à d’autres déséquilibres internes qui s’expriment sur la peau. Sa conviction rejoint celle de nombreux confrères. La peau ne se soigne pas isolément du reste du corps. J’ai déjà consacré un article complet sur l’avis médical du Professeur Humbert sur l’eczéma sur ce blog, si tu veux creuser encore.

Mon déclic personnel avec le jeûne intermittent
Pour moi, dans mon parcours avec cette maladie chronique inflammatoire, le vrai tournant est venu du jeûne. Le jeûne de 24 heures ne m’a jamais convenu. Je craquais dès le milieu d’après-midi, prise de vertiges, de malaises et de vomissements. On a testé autre chose, le jeûne intermittent. J’ai supprimé mon petit-déjeuner, plus compatible avec mon rythme familial. C’est là que j’ai durablement dégonflé. Ma peau s’est apaisée en même temps. Pendant les heures sans nourriture, elle rougissait moins. Les démangeaisons s’espaçaient, parfois disparaissaient complètement. La nuit, plus le temps s’éloignait des repas, moins je me grattais et mieux je dormais. J’ai compris que ce que je mangeais depuis toujours pouvait déclencher mes crises, et aggraver l’état de ma peau. Ce constat a tout changé dans ma façon de manger et de prévoir mes menus de la semaine.
Ce que j’ai changé concrètement dans mon assiette
Exit les aliments inflammatoires
J’ai supprimé les produits industriels transformés. Je cuisine uniquement à partir de produits bruts. Le sucre blanc a presque disparu de mon quotidien, remplacé par des alternatives plus douces. Le café aussi a disparu, trop déshydratant et inflammatoire à mon goût, là encore remplacé au quotidien. Je détaille chaque alternative, avec les quantités et les moments clés, dans mon programme Eczéma Nouveau Départ. L’alcool reste occasionnel, un seul verre, pas chaque week-end. Je continue de limiter chaque repas à deux ou trois aliments.
Pour des résultats durables : réparer sa muqueuse intestinale
Mais attention, manger anti-inflammatoire apaise la peau. Cela ne répare pas, seul, une paroi intestinale devenue poreuse comme une passoire. Imagine un mur de briques dont les joints ont disparu. L’effet passoire persiste tant que ces joints ne sont pas refaits. C’est pour cette réparation en profondeur que j’ai suivi un protocole spécifique. Je le détaille pas à pas dans mon programme Eczéma Nouveau Départ.
Pourquoi il m’a fallu autant de tentatives pour trouver ce qui marchait
J’avais toute confiance en la médecine classique
Avant d’arriver à ce résultat, j’ai connu plusieurs échecs, parfois cuisants. La médecine classique, généraliste et dermatologue, ne regardait que ma peau. Peu de praticiens sont formés à l’axe intestin-peau. Le Pr Humbert ou le Dr Bourrel-Bouttaz font figure d’exception, cette dernière étant formée aussi en micronutrition et en psychanalyse. Mais dans ma « love story avec l’eczéma », je ne les ai connus que trop tard.
Une approche trop segmentée et pas globale du corps
Pour ma part, en dehors de mon médecin généraliste et de ma dermatologue, j’ai consulté d’autres professionnels. Présentés comme experts de l’eczéma, mais uniquement côté nutrition, avec qui j’ai testé le régime GAPS, puis le régime cétogène, avec des accompagnants différents. Résultats limités à chaque fois. Un seul levier ne suffit pas face à une problématique aussi globale.
Des suivis bien trop courts
Dernier obstacle, la durée des suivis. Coachs et naturopathes m’accompagnaient trois mois, rarement plus. Après quinze ans d’eczéma, trois mois ne suffisent pas. C’est pour cette raison que mon programme propose un accompagnement d’au moins un an.
Les résultats que j’ai observés sur ma peau
Les changements alimentaires seuls, l’éviction des aliments pro-inflammatoires, ont déjà donné des résultats. En sept jours, mes plaques étaient moins rouges. En un mois, leur surface avait diminué. Le vrai basculement est arrivé avec le travail de réparation de ma barrière intestinale, mené sur la durée. En trois mois, ma peau était plus apaisée et plus saine. Mes crises devenaient plus rares et moins intenses. J’ai même retrouvé un sommeil de meilleure qualité, avec moins de grattage nocturne. Aujourd’hui, mes crises ont diminué de 80 %. Un résultat obtenu avec le temps, jamais du jour au lendemain.
Perméabilité intestinale, une pièce du puzzle, pas toute la réponse
La perméabilité intestinale n’explique pas tout, à elle seule. Génétique, barrière cutanée, environnement, stress, tout s’imbrique dans l’eczéma. Mais c’est un mécanisme central, de mieux en mieux documenté.
L’eczéma atopique touche aujourd’hui jusqu’à 20 % des enfants dans les pays à hauts revenus. Contre une poignée de pourcents il y a 50 ans. Les zones urbaines des pays industrialisés concentrent le plus de cas. Le mode de vie moderne, l’alimentation trop salée, trop sucrée et ultra-transformée, y jouent un rôle largement documenté.
Comprendre cet axe intestin-peau, c’est se donner une vraie piste d’action. Une piste que j’explore en profondeur, étape par étape, dans mon programme Eczéma Nouveau Départ.
Les sources
- Jackson et al., 1981, The Lancet
- Pike et al., 1986, Journal of Investigative Dermatology
- Caffarelli et al., 1993, Clinical & Experimental Allergy
- Bjarnason et al., 1985, British Journal of Dermatology
- Étude LEAP 2025 sur la perméabilité intestinale, Allergy
- Étude 2025 sur les biomarqueurs de l’eczéma sévère, Nature Scientific Reports
- Communiqué Inserm/CNRS, PNAS 2018
- Zhu et al., 2018, British Journal of Dermatology
- Association Française de l’Eczéma, microbiote et dermatite atopique
- Gut Microbiota for Health, l’axe intestin-peau
- Épidémiologie de la dermatite atopique, Manuel MSD
- Entretien du Dr Magali Bourrel-Bouttaz, Nature Sciences Santé, édition #16, mars 2019
- Interview vidéo du Dr Magali Bourrel-Bouttaz sur l’évolution de l’eczéma
Des livres sourcés pour aller plus loin
- Qu’est-ce qui ne va pas dans mes intestins ?, Pr Philippe Humbert
- Votre peau me dit tout de vous, Pr Philippe Humbert
- Les parasites, Pr Philippe Humbert
- Le charme discret de l’intestin, Giulia Enders
- L’intestin, notre deuxième cerveau, Pr Francisca Joly Gomez
- La santé par l’intestin, 21 jours de menus, Stéphanie Côté
- Changer son regard sur l’eczéma, Dr Magali Bourrel-Bouttaz

Moi, c’est Emilie. 15 ans d’eczéma adulte, et -80 % de crises en 2 ans en travaillant sur l’axe intestin-peau, l’alimentation et le sommeil. Ni médecin ni dermatologue : je partage ce que j’ai compris, testé et appris, sources à l’appui. Découvre mon histoire


